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une simple réflexion

Interdire la superstition (tant qu’on y est)

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mardi 20 janvier 2004, par barbarie.org

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Une pertinente réflexion de Sophie Bessis, chargée de cours en science politique à l’université Paris-I, paru sur le Monde.fr à propos d’une main de Fatma au pouvoir protecteur.

Pauvre main de Fatma !, par Sophie Bessis LE MONDE | 15.01.04 | 13h29

Ma pauvre grand-mère - que le Dieu des juifs la garde puisque c’est celui-là qu’elle adorait - doit se retourner dans sa tombe à l’idée qu’elle m’offrit autrefois, pour ma réussite au baccalauréat, un signe religieux musulman ostensible ! Il est vrai que la main de Fatma qu’elle m’avait donnée à cette occasion est de dimensions aussi imposantes que la protection qu’elle était censée m’assurer.

Reprenant à son compte les fantasmes qui courent sur l’omniprésence du religieux chez "ces gens-là", l’exposé des motifs du projet de loi sur le voile cite à nouveau la "main de Fatima" parmi les signes religieux musulmans. Adopté tel quel, ce texte couvrirait la France de ridicule.

Qu’est-ce que cet objet érigé du jour au lendemain en symbole religieux par quelques ignorants se prenant - c’est la mode - pour des exégètes de l’islam ? Au Maghreb, on ne l’appelle pas la main de Fatma mais la khomsa, c’est-à-dire la représentation du chiffre 5, qui a la vertu d’éloigner le mauvais ?il et fait aussi office de porte-bonheur.

Cette main se retrouve sous des formes diversement stylisées dans les motifs décoratifs berbères, sur des bijoux et des tapisseries, et son usage prophylactique est bien antérieur à l’arrivée de l’islam en Afrique du Nord. Les Maghrébines - musulmanes et juives - ont porté ce bijou depuis la nuit des temps, et bien des femmes pied-noir l’ont adopté, sans que personne ait jamais eu l’idée de l’associer à l’islam. La khomsa n’existe d’ailleurs qu’au Maghreb et reste totalement inconnue du reste du monde musulman.

D’où vient donc l’erreur ? Sur le nom d’abord. Pour les Français s’installant en Afrique du Nord, toutes les femmes autochtones - c’est bien connu - s’appelaient les fatmas. La colonisation, c’est aussi la privation du nom propre. Et comme elles portaient toutes ce pendentif, son nom français fut vite trouvé, ce fut la main de Fatma.

Etrange destin, on en conviendra, que celui de cet objet qu’on fait glisser sans crier gare du domaine culturel à celui du religieux. S’il est avant tout le fait d’une ignorance collective assumée, ce déplacement n’est pas tout à fait neutre. Il montre au moins deux choses.

D’abord que l’on continue de confondre en France arabe et musulman. Le musulman des Français, c’est l’Arabe. Après l’expression de "préfet musulman" employée par M. Sarkozy, c’est un grigri venu du monde arabo-berbère qu’on veut transformer en symbole religieux.

Ensuite que, aux yeux des Français, il ne peut y avoir, au-delà de la Méditerranée, d’expression culturelle indépendante de la sphère religieuse. Par cette assignation à résidence religieuse d’un fait de culture, nos exégètes auproclamés contribuent - c’est grave - à confessionnaliser le regard que portent leurs compatriotes sur la rive sud de la Méditerranée.

Ces simplificateurs peuvent-ils imaginer qu’il existe cette construction subtile qu’on appelle la culture au-delà de leurs frontières ? En attendant, moi, Maghrébine non musulmane, je ne veux pas qu’ils me privent de mon grigri grâce auquel, du fond de sa sépulture, ma grand-mère continue de me protéger.

P.-S.

3 minutes

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